Brexit : quel impact pour les étudiants français au Royaume-Uni ?


    Aujourd’hui, le 29 mars 2017, le Royaume-Uni va connaître d’importants changements. C’est en effet à cette date, qui deviendra historique, que le Brexit est déclenché. Pour rappel, la décision des anglais de quitter l’Europe avait été votée le 23 juin 2016 après 43 années au sein de l’Union. Jusqu’à ce jour, aucun changement visible n’avait été mis en place. En outre, à partir d’aujourd’hui, le Royaume-Uni vogue en solitaire. Quelles seront les conséquences concrètes pour les expatriés français sur le sol anglais ? Qu’en sera t-il des programmes d’échanges universitaires ? Nous avons mené l’enquête et nous essaierons d’éclairer ta lanterne sur ce sujet épineux.

    Le Royaume-Uni va t-il fermer ses portes aux français ?

    L’avenir du programme Erasmus +

    Le Royaume-Uni a toujours été une destination très prisée des étudiants français. En effet, dans le cadre du programme Erasmus +, on estime que près de 20% d’entre eux choisissent l’Angleterre pour y faire un échange universitaire. On comprend donc aisément leurs inquiétudes. Le pays de Shakespeare va-t-il sortir du programme Erasmus ? Le programme qui fête ses 30 ans cette année est t-il en péril ?

    Premièrement, il est nécessaire de rappeler que le programme Erasmus mis en place par l’Europe est toutefois étendu à certains pays qui ne font pas partie de l’Union tels que la Norvège et l’Islande. Il est donc très probable qu’à sa sortie, la Grande-Bretagne poursuive son adhésion au programme. Nous avons donc de bonnes raisons d’espérer qu’Erasmus survivra au Brexit. La directrice de l’agence britannique d’Erasmus+ Ruth Sinclair-Jones est formelle : “la priorité numéro un devrait être de s’assurer que le Royaume-Uni puisse rester un membre à part entière d’Erasmus+ parce que cela bénéficie à tout le monde, pas seulement au Royaume-Uni”. En cas de “Hard Brexit” (en opposition au “Soft Brexit”), le programme d’échange européen pourrait être menacé. En revanche, toujours selon Ruth Sinclair Jones, un système alternatif serait instauré afin de ne pas priver les futures générations des bénéfices de ces échanges.

    Prenons l’exemple concret de la Suisse. Le pays était membre d’Erasmus jusqu’en 2014. Après un référendum, les habitants ont choisi à cette date de quitter le programme. Pour palier à cette “perte”, un programme alternatif a été mis en place : le Swiss-European Mobility Programme (SEMP). Le principe d’échange reste le même à l’exception faite que ce n’est pas Bruxelles qui finance le programme mais la Suisse elle-même. Il est donc probable que le Royaume-Uni fasse de même en cas de sortie d’Erasmus.

    Les autres pays membres de l’Union Européennes demeurent favorables au fait que le Royaume-Uni reste dans le programme Erasmus et même si ça n’est pas le cas, le pays ne fermera pas ses portes aux étudiants internationaux et mettra en place une solution alternative.

    Le Brexit et la nécessité d’un visa ou d’un permis de travail

    Aujourd’hui, on estime que près de 300 000 français vivent et travaillent en Grande-Bretagne. Jusqu’à aujourd’hui, ils n’avaient ni besoin de visa ni de permis de travail. Qu’en est-il au déclenchement du Brexit ?

    Au stade où les négociations sont en cours, nous ne pouvons qu’émettre des hypothèses. Dans tous les cas, le Royaume-Uni mettra en place des règles qui conditionnent l’entrée et le travail sur le territoire britannique. Dans le cas le plus extrême, tout expatrié devra faire la demande d’un visa et d’un permis de travail. Le Royaume-Uni pourrait également formuler des accords bilatéraux avec chaque Etat. Aussi, on le sait, la France a toujours été un partenaire commercial clé pour les britanniques. Il se pourrait donc que nous bénéficions d’accords privilégiés. A l’inverse, l’Angleterre pourrait durcir les conditions d’entrée pour certains pays. La situation pour les anglais vivant dans un pays membre de l’Union reste elle aussi floue… Ces derniers étant susceptibles de devoir également demander un visa et un permis de travail. Cependant, l’Europe entend proposer au Royaume-Uni un accord qui viserait à protéger les expatriés européens présents sur le sol anglais et les expatriés anglais présents sur le sol européen. En outre, ceux-ci pourraient continuer à percevoir leurs prestations sociales sans aucune discrimination de nationalité. Cet accord hypothétique pourrait rassurer bon nombre de nos concitoyens étant donné qu’ils sont plus de trois millions venant des 27 pays membres à s’être établis en Grande-Bretagne.

    Tu adores passer tous tes week-ends à Londres ? Faisant partie de l’espace Schengen jusqu’à lors, il ne te fallait que ta carte d’identité pour rentrer sur le territoire britannique. On ne sait pas encore s’il sera aussi aisé de voyager en Grande-Bretagne mais il se pourrait que les touristes soient obligés de faire la demande d’un visa touristique. Cette hypothèse est toutefois à relativiser car si le Royaume-Uni parvient à négocier des accords l’autorisant à rester au sein du marché unique européen, il se pourrait que la libre circulation des personnes ressortissantes de l’UE demeure d’actualité.

    Quel avenir pour l’enseignement supérieur ?

    A l’heure actuelle, 6 étudiants sur 10 peuplent les bancs des universités britanniques. Quelles seront donc les conséquences du Brexit pour leur avenir ?

    Le gouvernement britannique se veut rassurant. Le mardi 11 octobre 2016, le ministre anglais responsable des universités annonçait qu’il n’y aurait aucun changement pour les étudiants européens qui s’inscriront à la rentrée 2017. Rien ne change donc pour l’année universitaire en cours (2016-2017) ni pour l’année universitaire à venir (2017-2018). Les droits d’inscription resteront inchangés pour ces périodes et il en va de même pour les bourses et les prêts étudiants.

    A l’avenir, la secrétaire d’Etat à l’Intérieur Britannique Amber Rudd a déclaré que les règles d’accueil des étudiants européens se feront au cas par cas. Aussi, le pays voudrait continuer à attirer les meilleurs talents au sein de ses universités prestigieuses et imposer des restrictions à celles et ceux qui suivront un cursus de moindre “qualité”. Si jusqu’à présent les étudiants européens payaient les mêmes frais de scolarité que leurs camarades britanniques, rien n’est moins sûr à partir de la rentrée 2018 et l’on constate d’ailleurs déjà une baisse importante des demandes d’inscriptions des étudiants européens au sein des académies anglaises.

    Cependant, plusieurs acteurs se veulent rassurant en affirmant que le Royaume-Uni serait le premier pays à pâtir de la perte de ces milliers d’étudiants internationaux. Il convient donc d’aborder avec sérénité les accords qui vont suivre entre les pays membre de l’Union et le Royaume-Uni. Ceux-ci devraient durer environ deux ans.